Assassinat d’une jeune femme victime d’inceste de son père

Communiqué du 15-10-2014

Assassinat d’une jeune femme victime d’inceste de son père :

un premier crime relaté comme  « inceste consenti »

et maintenant il est question de  « crime passionnel » …

Non,  la société doit ouvrir les yeux sur les viols par inceste !

A l’occasion de l’affaire Mannechez, le Collectif Féministe Contre le Viol réaffirme l’urgence d’une loi qui définit par principe:
Il ne peut pas y avoir d’inceste consenti par un enfant face à un adulte.

Dans cette affaire, Virginie, fille aînée de Denis Mannechez, un cadre supérieur en informatique,  avait confié à une amie vers ses 15 ans les actes sexuels que lui faisait subir son père, avec la complicité de sa mère.

Les signes d’alerte auraient dû permettre une mise en protection rapide de cette adolescente. Mais peu de signalements d’enfants en danger sont suivi d’effets en matière de délit ou crime sexuels dès lors que cela se passe au sein de la famille. La suspicion sur la parole des enfants est très grande, la suspicion envers les adultes dont ils dépendent est très faible. Cet état de fait se traduit dans la société par une pensée qui favorise l’indifférence : les enfants appartiennent aux parents et il ne faut pas s’en mêler.

Pourtant, dans cette affaire précisément, un signalement avait fini par donner lieu à une enquête ! Interrogée en 2002, Virginie dénonçait les viols, sur lesquels elle se rétractera par la suite. Sa petite sœur dénonçait des coups et viols qu’elle regrettera elle aussi d’avoir dits, puisque la société la laissait vivre dans ce contexte. Ses enfants ont-elles été sauvés de leur milieu pour autant ? Non, car l’autre grand écueil du système c’est le délai effrayant du parcours judicaire en matière d’agression sexuelle, pire encore en cas de viol. Si bien qu’entre la première confidence de la victime à une amie et le premier jugement du père aux Assises, il s’est écoulé près de 15 ans. Entre-temps un enfant était né des viols par inceste du père, l’épouse était partie du foyer et Virginie vivait maritalement avec son propre père au vu et au su de tous !

Ces 15 ans avaient laissé suffisamment de temps au père pour ôter toute attitude autonome à sa fille, qui se présentait à la cour d’Assisses en mai 2011 aux cotés de l’accusé pour ne pas qu’on condamne son père ! Les gros titres de l’époque parlent du « procès d’un inceste consenti » … La parole répandue était celle de l’accusé, fustigeant ce pays où on se mêle de la vie privée de chacun, affirmant que la justice faisait de la morale et non du droit. Cette fille-là, selon les trois avocats en choeur, avait choisi d’être la partenaire sexuelle de son père ! Entre des preuves criantes et un déluge de contre-vérités, les jurés avaient prononcé la culpabilité, mais choisi une peine courte de 5 ans ferme (un quart de la peine encourue). Fort de la frilosité de l’opinion, le père faisait appel au nom de la folie d’un système qui était soi-disant en plein dérapage.

Dans la période entre les deux procès, coïncidence pathétique, la toute jeune loi qualifiant le viol et l’agression sexuelle par inceste dans le code pénal (entrée en vigueur le 8 février 2010 !*) était abrogée le 16 septembre 2011dans l’indifférence quasi générale, suite à une procédure constitutionnelle organisée par un accusé d’inceste (quelle surprise). Fini la qualification qui disposait d’emblée qu’un mineur ne pouvait consentir face à un majeur de sa famille.

*La loi du 8 février 2010 a fait entrer le terme « inceste contre les mineurs » dans le code pénal. L’article 222-31-1 du Code pénal disposait que « Les viols et agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une sœur, ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ».
La loi ne créait pas de nouvelle infraction, l’inceste n’était ni un nouveau crime ni un délit. Il était toujours poursuivi et condamné au travers des infractions de :
• viol (article 222-23 du code pénal)
• agressions sexuelles (article 222-27)
• atteintes sexuelles constitutives d’une mise en péril des mineurs (article 227-27-2)
mais il n’y avait plus à faire démonstration du non consentement des enfants !

 Le 2e procès du père, en appel en novembre 2012, le condamnait à nouveau à 5 ans, mais dont 3 avec sursis, soit 2 ans ferme. Là encore les gros titres : « pourquoi l’inceste consenti pose des problèmes »  etc… On a lu le gaspillage d’une justice qui s’acharnait sur un homme qui vivait différemment, mais était « par ailleurs, un père aimant». Et lui d’expliquer qu’il voulait épargner tout ce tapage à l’enfant né de sa fille ! La confirmation de la culpabilité laissait le condamné partir libre, puisque c’est à peu près le temps qu’il a fait en préventive, en différentes étapes du très long déroulé judiciaire. La presse refermait le rideau en concluant majoritairement à une clémence humaine qui permettrait à cette famille de revivre dans la règle établie du père, « un inceste heureux ».

Courant 2014, il n’est plus soumis à la surveillance du système, son temps de sursis étant levé. En septembre, Virginie, avec son fils, quitte son père pour être hébergée par le patron du garage où elle travaille depuis un an.

Mardi 7 octobre 2014, Denis Mannechez a tué sa fille qui avait 34 ans ! Dans la foulée, Il tue aussi le patron de sa fille, qui semble-t-il la soutenait dans son envie d’une vie autonome de son géniteur. Après ses deux meurtres, le père a tenté de mettre fin à ses jours. Cette fois, les titres nous disent qu’il s’agit d’un crime passionnel !

Actuellement, l’enquête n’a évidemment pas abouti et le tueur présumé n’est pas jugé - et ne le sera probablement pas vu son état de mort cérébrale – donc, présomption d’innocence. Mais alors de qui vient le récit cette semaine ? Du fils de la victime, 13 ans, témoin des faits, fils et petit-fils d’un même homme ! Mais peut-être que sa parole sera elle aussi mise en doute dans 15 ans et qu’on nous dira qu’il s’agissait d’une histoire d’amour vouée à une mort romantique, que les sorcières liberticides ne peuvent pas comprendre.


Quand allons-nous ouvrir les yeux ?

La société est dans le déni de la vérité sur les agressions et viols par inceste. Déni des millions de français* qui disent avoir été victimes d’actes sexuels d’un membre de leur famille durant leur enfance. Déni de l’emprise d’un agresseur sur ses victimes, ravage de vies lorsqu’on qu’on laisse ces enfants jusqu’à leur majorité dans la dépendance totale de leur bourreau. Déni de ce que les agresseurs sont capables de faire entre les murs de leur maison, quand la victime ne supporte plus de faire semblant d’être consentante.


 

Le sondage «Les Français face à l’inceste» réalisé en 2009 à l’initiative de l’association AIVI (Association Internationale des Victimes d’Inceste) a mis en lumière que plus de deux millions de Français déclaraient avoir été victimes d’inceste (3 % des Français déclarent avoir été victimes d’inceste, 5 % des femmes / 1 % des hommes). Ces estimations sont très probablement encore sous évaluées en raison du doute permanent et de la culpabilisation des enfants et des adultes qui ont subi ces violences.



Les revendications du CFCV en matière d’inceste :


  1. Ne pas avoir à démontrer la contrainte quand un ou une mineur(e) de 15 ans est agressé(e) sexuellement par un majeur (actuellement, dans les situations où cette contrainte n’a pas été démontrée, ces faits, selon la loi en vigueur, ne constituent que des « atteintes sexuelles").
  2. Réintroduction de l’inceste dans le code pénal.
  3. Retrait définitif de l’autorité parentale aux parents violeurs.
  4. Enquête systématique à la suite de plaintes pour crimes ou délits contre la personne.
  5. Jugement des infractions de nature criminelle exclusivement par les Cours d’assises.
  6. Suppression de la prescription pour les crimes contre la personne.
  7. Prise en charge des soins à 100 % pour les victimes même quand elles sont majeures.
  8. Formation des professionnels de santé à la prise en charge des psychotraumatismes.
  9. Pénalisation et sanction des « acheteurs d’actes sexuels » car la prostitution est une forme extrême de violence sexuelle.
Le Collectif Féministe Contre le Viol s’est constitué en 1985. Il a mis en place et assure une permanence téléphonique nationale numéro d’appel gratuit depuis un poste fixe :

Viols Femmes Informations : 0 800 05 95 95.

Du 8 mars 1986 à ce jour, la permanence Viols Femmes Informations 0 800 05 95 95 a entendu prés de 47 500 victimes différentes. 51 % de ces personnes ont été victimes durant leur enfance, majoritairement par un adulte de leur famille ou un proche de la famille.
voir campagne du CFCV contre l'inceste - janv14:
www.inceste-changeonslaloi.fr